Il y a toujours un après, c'est la loi de la vie, puisque lorsqu'elle s'arrête, c'est le passage de la mort.
Ceux qui restent n'ont d'autre choix, et le retour s'avérant impossible, comme certains l'ont fait remarquer ici, il est des sociétés où l'on honore la mémoire en incluant le défunt dans le quotidien, et pas sur un mode lacrymal.
Bien des personnes ici connaissent cette question, puisque leurs métiers les confrontent à la mort quotidiennement. Et ne pas l'accepter comme un aboutissement inéluctable et programmé (d'un point de vue cellulaire), et cela a valeur universelle- si ce n'est que diffèrent les circonstances ou son échéance- c'est ne rien comprendre aux lois de la vie.
Pour autant, se trouver confronter à cela reste un moment pénible auquel on ne s'habitue pas..
Mais que dire de ceux qui découvrent ?
A ce sujet, je voudrais vous relater une discussion avec Jacques Hutteau à Magny-Cours WSBK l'an passé, quelques semaines après la tragique disparition de Shoya Tomizawa.
Au GP suivant, il y a comme avant chaque épreuve un briefing avec les pilotes. Forcément, celui-ci est empreint d'une solennité et d' un dirigisme accrus.
Jacques s'est invité à celui des 125, et immédiatement, ce qui le frappe, c'est l'expression de stupeur qui habite une bonne partie de ces visages juvéniles.
Lui, comme les plus anciens d'entre-nous, a connu les seventies et eighties, à chaque départ de saison, voire d'épreuve, se pose toujours la question de savoir si l"un d'entre-eux ne verra pas l'ultime drapeau à damier s'abattre devant ses roues ou sur son corps meurtri.
Et il en a connu des moments de douleur ou d'abattement, des familles de potes à devoir réconforter et accompagner.
Mais eux, les minots des temps modernes, ont grandi entre les bacs à gravier, les pistes dégagées et les rails reculés, enfilé des combinaisons sans cesse renforcées, placé sur leur tête des casques au profil sans cesse sécurisé.
En 2003, la plupart ne savaient même pas que la moto existait ou était dangereuse. Bien sûr, ils ont entendu parler de Kato, mais ne l'ont ni vu ni connu. Et d'un coup, ce qui était un jeu, un plaisir, une occasion de s'arsouiller, montrait un visage tellement plus brutal et définitif. Ils venaient de découvrir qu'on pouvait en mourir.
Et ironie, alors que les stats de ces 20 dernières années sombraient avec délice, un an après, la piqûre de rappel est venue s'imposer à toutes les mémoires.
Pour beaucoup d'entre-eux, le regard a définitivement changé: ils sont entrés de plain-pied et de la plus brutale des manières dans le monde réel, celui de la vie, et de son corollaire, la mort.
Jipe