|  | | | Edito de décembre 2004 : même pas peur !!! | Ecrit le 30/11/2004 : 16:39. Lu 7010 fois (5/jour). | Il est des matins où le geste du motard endormi se fait rapide, technique et où du premier coup, ce dernier réussit à stopper... la sonnerie de son réveil, puis dans le silence revenu, il reste là, souffle coupé, oreille tendue, muscles frémissants à la recherche du son tant redouté, ce petit clip-clop, annonciateur de la présence de son pire ennemi qui frappe déjà sur les volets encore clos:
LA PREMIERE PLUIE D'HIVER! 0 votes | |
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Dés lors, les préparatifs de la bataille devenue inévitable s'accélèrent:
1) En premier lieu, un petit déjeuner de circonstance s'impose. Les calories nécessaires au combat se doivent d'être nombreuses et l'option Breakfast canadien est retenue. Des oeufs, du bacon, des saucisses, du fromage à raclette et un bon litre de café chaud feront l'affaire, la cuisson des aliments du trappeur permet de passer à l'étape suivante.
2) La préparation de l'équipement indispensable. Retrouver la combinaison de pluie, les sur-gants et les sur-bottes (ce dernier article ayant été acheté suite à la lecture d'un sujet PAS-SIO-NANT! sur M.O) est facile, c'est en effet toujours le même placard qui fait office de remise des affaires d'hiver. Quant à repérer le bon sac, c'est encore plus simple; il suffit pour cela de se laisser guider par votre odorat, qui ne manquera pas de vous orienter avec une précision que vous envierait tout pilote de chasse américain vers le sac en question. Dés l'ouverture de ce dernier, le doute n'est plus permis: VOUS AVEZ TROUVE! L'urgence étant alors de mettre les vêtements à aérer sur votre balcon juste pour éviter d'être l'idole des chats de l'immeuble en prenant les escaliers (non sans vous jurer de les mettre à sécher à la fin de l'hiver... Comme l'année dernière d'ailleurs). C'est en rentrant du balcon, complètement gelé, qu'une autre odeur vous assaille... LA BOUFFE BRULE!!
3) Un bref coup d'oeil à votre montre vous permet de constater qu'il est trop tard pour vous remettre au fourneau, et, malgré le fait qu'il est devenu impossible de faire la différence entre les oeufs le bacon et le fromage, les saucisses elles, se reconnaissent aisément, la forme du carbone est cylindrique, vous avalez courageusement ce petit déj: non sans l'avoir rebaptisé "Burnfeast" -ce qui vous le ferait paraître presque bon...- Un grand mug de café vous ôtera ce goût infect qui reste dans votre bouche, comme si vous aviez choisi de manger dans votre cendrier.
4) Mug fumant à la main, vous vous dirigez vers la fenêtre pour vous informer des intentions de votre adversaire du jour, et, d'un geste sûr et viril, vous ingurgitez une gorgée ENORME de café qui vous brûle instantanément l'oesophage, vous faisant cracher le reste de liquide sur les rideaux, tout en lachant la tasse en grès épais qui vient s'écraser sur votre gros orteil, vous faisant regretter dans la milliseconde de ne jamais avoir écouté maman, qui vous répétait sans cesse "Mets tes chaussons, tu vas encore attraper froid!"; même si pour le coup, le breuvage restant est suffisamment chaud pour vous ébouillanter copieusement les pieds et vous arracher un ultime cri de douleur.
-5) Devant l'étendue des dégâts, vos sous-vêtements tâchés et votre corps souillé, le passage à la douche s'impose, et malgré le fait que vous aviez prévu cette dernière très chaude histoire de partir avec un atout supplémentaire dans ce froid matin, il vous aura fallu vous résigner à la prendre tiède, vos pieds meurtris ne supportant plus la moindre chaleur, et le simple fait de passer vos chaussettes en laine vous sort un rictus de crispation. C'est sans problème que suivent les vingt-cinq minutes d'habillage composé de coton, polaires et autres gore-tex appliqués consciencieusement sur votre corps dont la température interne va croissante au rythme de vos pitoyables contorsions rendues de plus en plus difficiles au fur et à mesure de l'empilage des couches successives.
6) Le temps presse maintenant, et malgré cela, vous ne voulez pas partir sans ce P%µ#& de café qui vous fait tant envie! Avec constance, vous avalez jusqu'à la dernière goutte ce breuvage froid (ça bout aussi vite que ça refroidit ce truc!) en espérant tomber sur la gorgée finale qui sera sucrée puisque vous n'avez pas remué, malgré la présence de cette saleté de cuillère qui menace de vous crever un oeil à chaque fois que vous buvez... .Pas de bol, vous n'aviez pas mis de sucre...(quelqu'un peut me dire ce qu'elle foutait là cette cuillère à la con!) Le fait d'emprunter le couloir vous fait passer inévitablement devant le miroir, et l'image qu'il vous renvoie vous remplit de mélancolie, à la limite des sanglots, et pendant que vos mains s'emparent machinalement de vos clés, votre regard ne parvient toujours pas à décrocher de cet éléphant de mer au visage tellement familier. Une profonde inspiration, et vous empoignez votre casque, à nouveau concentré sur le combat si proche!
7) Après avoir méticuleusement actionné les 4 verrous de sûreté de votre porte d'entrée, vous entamez la descente des escaliers tout en essayant désespérément de ranger vos clés de maison dans ce blouson dont les poches sont introuvables malgré l'ouverture de la combi de pluie, en prenant soin de ne pas lacher celles de la moto ni le casque, ni les gants, ni les sur-gants le tout en vous balançant de droite et de gauche tellement vos articulations de genoux sont entravées de fringues, rendant la pratique de cet exercice d'une dangerosité vertigineuse, et bien que seule votre tête soit exposée, l'idée d'une chute vous fait frémir: trop conscient qu'il vous faudrait quinze bonnes minutes d'efforts désespérés pour parvenir à vous remettre sur vos jambes (demandez à une tortue comme elle se bat quand elle est sur le dos!)
8) La terrible épreuve des escaliers s'étant déroulée sans anicroches, hormis le fait d'avoir croisé Mme Jaenin, votre vieille voisine de pallier acariâtre qui vous a jeté un coup d'oeil plus haineux qu'à l'accoutumée à cause du parfum "Champignons de Paris" que vous répandez sur votre passage, vous vous approchez d'un pas ferme de votre destrier ruisselant, et après un enfourchement des plus périlleux, vous achevez de vous équiper pour le départ imminent vers l'affrontement. C'est d'abord à cause de vos gants épais que vous pensez devoir la difficulté d'introduire la clé dans le neiman, puis à la buée sur la visière fermée et, lentement, insidieusement, le doute s'installe... pour se vérifier finalement, ce sont bien les clés de votre voiture que vous tentez d'insérer dans ce barillet depuis cinq bonnes minutes!
9) D'aucun, ne vous connaissant pas, pourrait croire que l'abandon vous guette et que, décidément, les éléments alliés à la malchance vous feraient sûrement renoncer à affronter la situation. Que nenni!!! C'est une simple formalité pour vous que de remonter les escaliers, ouvrir votre appartement, chercher les clés de votre moto pendant dix minutes où la folie menace à tout instant de s'emparer de votre esprit surchauffé (l'effort et le casque toujours vissé sur votre crâne dégoulinant de sueur y sont pour beaucoup!); clés, qui sont naturellement dans votre poche intérieure de blouson, où vous les rangez tous les jours depuis que vous avez une moto et ce depuis douze ans... Votre retard au travail ne pouvant plus passer inaperçu, vous téléphonez à votre employeur pour l'informer des raisons du dit retard en prenant soin de détailler le récit complet de votre mauvaise fortune. Ce à quoi ce dernier répond "Fred, ça fait beaucoup pour un seul homme, vous ne trouvez pas?!" Malgré une tentative pathétique pour prouver votre bonne foi, il raccroche en vous recommandant poliment de vous "déplacer prestement le fondement". Ce à quoi vous vous employez, au péril de votre vie, pour dégringoler les marches et partir comme un taré sur votre machine!...
10) Au fait, cela doit bien faire une demi-heure qu'il ne pleut plus....
Cordial Vé. Fastfreddy.
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